Mes enfants, je m'excuse de vous demander d'être si grands

Même si vous êtes si petits encore. Et ce, depuis pratiquement votre naissance.
Vous étiez encore bien au chaud, collés l'un à l'autre au creux de mon ventre, quand le cœur de maman s'est brisé en deux. Votre grand frère, mon premier bébé, avait un handicap. Et malgré les dizaines de tests que j'ai passés pour vous deux, je ne peux pas vous dire à quel point chacun de vos gestes et apprentissages ''normaux'' me soulageait.
On, et je m'inclus là-dedans, parle souvent de l'enfant avec des besoins particuliers. Celui qui est différent, de ses difficultés, ses embûches et surtout de chacune des plus petites réussites. De nous, parents, comment on se sent là-dedans. Mais on parle un peu moins souvent de la fratrie, qui n'a pas demandé à subir ce que ça implique. Vous en payez souvent injustement le prix.
Je me souviens de nombreuses fois où l’on se préparait tous ensemble pour une sortie. Vous étiez si petits et si débrouillards. Par la force des choses, par l'habitude de voir maman pliée en 4 à presque pleurer de rage et de découragement par rapport à votre frère de 4 ans qui ne voulait pas s'habiller, à crier, frapper un peu tout ce qui bouge, lancer ses bottes, pleurer à chaudes larmes et être aussi mou que le bras sans os de Harry dans le deuxième tome, vous vous habilliez seuls. Oui, seuls comme des grands, vous attendiez patiemment que maman finisse enfin.
Vous avez appris à vous soutenir, vous aider. Mon cœur de maman était rempli de fierté et de reconnaissance de vous voir si bons, si autonomes, mais si triste d'avoir le sentiment de vous l'infliger.
C'est un exemple parmi tant d'autres. L'heure du dodo, du bain, les repas, les sorties extérieures, les marches, les activités, toutes des choses où j'ai eu le sentiment de vous avoir demandé trop vite d'être grands. Même si au fond je ne demandais rien en paroles, vous le ressentiez j'en suis certaine.
Encore aujourd'hui parfois, papa et maman oublient que vous n'êtes que des enfants de 7 ans. J'admire le fait que vous êtes si matures et débrouillards. Vous prenez aussi soin de votre bébé sœur. Et c’est justement depuis sa naissance il y a 2 ans que je réalise à quel point vous étiez et êtes encore exceptionnels.
On dit que les enfants choisissent leurs parents, leur bedon. Je me suis souvent demandée : pourquoi moi? Pourquoi des jumeaux? Je comprends maintenant que c'était pour être ensemble et soudés à travers notre vie et surtout celle de votre grand frère. Traverser des tempêtes à deux, c'est beaucoup plus facile.
J'appréhende le moment où votre papa et moi serons vieux. Nous sommes tellement face à l'inconnu pour votre frère et son futur, j'ai peur qu'inévitablement son sort repose un jour sur vous deux.
Je suis chanceuse de partager votre vie, mes enfants, mes deux petits jumeaux. Autant bien sûr que votre grand frère et votre petite sœur, pas plus pas moins, mais je voulais prendre le temps de mettre la lumière sur vous deux pour une fois.

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